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FiscalitéAvancé·
11 min de lecture

Conventions fiscales internationales : éviter la double imposition

Principes des conventions fiscales bilatérales, méthodes d'élimination de la double imposition (exonération vs crédit d'impôt), focus Portugal et régime Beckham (Italie).

Données vérifiées au 10 juin 2026
Fiscalité 2026Art. 4 A CGIArt. 39 terdecies CGIArt. 182 A bis CGI+2

Quand un résident français perçoit des revenus de source étrangère (dividendes d'actions américaines, loyers d'un appartement espagnol, salaire d'un poste à Bruxelles), ces revenus pourraient être imposés deux fois : une fois dans le pays source, une fois en France.

Pour éviter cette double imposition, la France a conclu plus de 120 conventions fiscales bilatérales. Comprendre leur fonctionnement est indispensable pour les investisseurs internationaux et les personnes en mobilité.

Le principe des conventions : répartir le droit d'imposer

Problème de la double imposition :

Sans convention, un dividende américain reçu par un résident français pourrait être soumis :

  • À la retenue à la source américaine (30 % par défaut, ou 15 % pour les résidents UE si formulaire W-8BEN fourni)
  • À l'IR français (PFU 31,4 % — LFSS 2026 — ou barème)

Résultat : taux cumulatif de 45 % à 62 % selon les cas.

La solution conventionnelle :

Les conventions attribuent le droit d'imposer chaque type de revenu à l'un ou l'autre des États (parfois aux deux, mais avec limitation de la retenue à la source) et prévoient un mécanisme d'élimination de la double imposition dans l'autre État.

Hiérarchie des sources :

  1. La convention bilatérale prévaut sur le droit interne
  2. Le droit interne français s'applique en l'absence de convention ou pour les revenus non couverts

Deux méthodes d'élimination de la double imposition

Méthode 1 — Exonération avec progressivité (rare pour la France) :

Le revenu étranger est exonéré d'IR en France, mais il est pris en compte pour déterminer le taux d'imposition applicable aux autres revenus français (progressivité).

Exemple : revenu étranger exonéré de 30 000 €, revenus français de 50 000 €. Le taux marginal appliqué aux 50 000 € français est calculé comme si le total était 80 000 €.

Méthode 2 — Crédit d'impôt (méthode principale utilisée par la France) :

Le revenu étranger est imposé en France selon les règles françaises, mais l'impôt payé à l'étranger génère un crédit d'impôt imputable sur l'IR français.

Deux sous-variantes :

  • Crédit d'impôt ordinaire : crédit limité à l'impôt français sur ce revenu
  • Crédit d'impôt forfaitaire : crédit forfaitaire défini par la convention (ex : 15 % pour certains dividendes)

Exemple dividendes US (convention France-USA) :

  • Dividende US brut : 1 000 €
  • Retenue à la source US (15 % W-8BEN) : 150 €
  • Dividende net reçu : 850 €
  • Imposition France (PFU 31,4 % — LFSS 2026) sur 1 000 € brut : 314 €
  • Crédit d'impôt (retenue US) : 150 €
  • Impôt net dû en France : 314 - 150 = 164 €
  • Taux effectif total : 31,4 % (12,8 % IR + 18,6 % PS — LFSS 2026, art. 200 A CGI)

Focus Portugal et régime Beckham (Italie)

Portugal — l'ancien NHR et sa réforme 2024 :

Le régime des Résidents Non Habituels (NHR) portugais était la référence des retraites et rentiers européens. Depuis 2024, ce régime a été supprimé pour les nouveaux entrants et remplacé par le "IFICI" (Incentivo Fiscal à Investigação Científica e Inovação), réservé aux chercheurs et certains travailleurs qualifiés.

Pour les dividendes et revenus de source française reçus par un résident portugais : la convention France-Portugal permet à la France de prélever une retenue à la source sur certains revenus. Les dividendes d'actions françaises : retenue de 15 % en France pour les résidents portugais (Art. 10 de la convention).

Italie — le régime Impatrié réformé en 2024 :

L'ancien régime (exonérations de 70 %, voire 90 % dans le Sud) a été remplacé pour les installations à compter du 1er janvier 2024 (décret législatif n° 209/2023). Nouveau régime : abattement de 50 % sur les revenus d'activité (salariés et indépendants qualifiés), dans la limite de 600 000 € de revenus par an, pendant 5 ans.

Conditions principales :

  • Ne pas avoir été résident fiscal en Italie au cours des 3 années précédentes (durée allongée dans certains cas intragroupe)
  • S'engager à rester résident fiscal en Italie au moins 4 ans
  • Exercer une activité de travailleur qualifié au sens du décret

Focus pratique pour les investisseurs français à l'étranger :

Si vous êtes résident fiscal dans un pays étranger mais percevez des revenus de source française (loyers d'un bien en France, dividendes d'actions françaises, pension de retraite française) :

  • La France peut prélever une retenue à la source selon la convention applicable
  • Vous déclarez ces revenus dans votre pays de résidence (selon les règles locales)
  • Le mécanisme de crédit d'impôt ou d'exonération du pays de résidence élimine la double imposition

Stratégies d'optimisation

Débutant
Intermédiaire
Avancé

Toujours déposer le formulaire W-8BEN pour les dividendes US

Débutant

Sans formulaire W-8BEN déposé auprès de votre courtier, la retenue à la source américaine est de 30 %. Avec W-8BEN (déclaration de résidence française), elle tombe à 15 % — crédit d'impôt plus élevé en France.

Étapes :

  1. 1Vérifier dans votre CTO ou PEA que le formulaire W-8BEN est bien enregistré
  2. 2Le renouveler tous les 3 ans (durée de validité)
  3. 3Pour les ETF US dans un PEA : la retenue à la source est gérée par l'émetteur de l'ETF

Identifier la méthode d'élimination avant tout investissement à l'étranger

Intermédiaire

Avant d'investir dans un bien immobilier ou des actions étrangères, identifier si la convention applicable prévoit un crédit d'impôt ou une exonération avec progressivité. Le choix de l'enveloppe (CTO vs AV) peut influencer le traitement fiscal.

Étapes :

  1. 1Consulter le texte de la convention applicable (disponible sur le site des impôts)
  2. 2Identifier l'article traitant du type de revenu concerné (dividendes Art. 10, intérêts Art. 11, redevances Art. 12)
  3. 3Calculer le taux effectif total après crédit d'impôt

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